Le lien entre le diabète de type 3 et la maladie d’Alzheimer

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Femme âgée regardant un album photo dans la cuisine

Un chiffre froid, une réalité brûlante : près de 50 millions de personnes vivent aujourd’hui avec la maladie d’Alzheimer dans le monde. Derrière ce vertige statistique, une question émerge, insidieuse, là où on ne l’attendait pas : et si certains cas d’Alzheimer étaient, en partie, la signature d’un diabète méconnu ?

Une catégorie émergente du diabète, désignée sous le nom de « type 3 », bouleverse la nomenclature médicale traditionnelle en associant certaines anomalies métaboliques à des troubles cognitifs progressifs. Plusieurs études épidémiologiques ont identifié une prévalence accrue de démence chez les personnes présentant une résistance à l’insuline cérébrale, indépendamment de la glycémie périphérique.

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Cette corrélation inattendue contraint les chercheurs à reconsidérer le rôle de l’insuline au-delà du métabolisme énergétique, en explorant son implication directe dans la neurodégénérescence. Les frontières entre maladies métaboliques et pathologies neurologiques deviennent ainsi de plus en plus perméables.

Comprendre le concept de diabète de type 3 : une notion encore débattue

Le diabète de type 3 bouscule les catégories classiques. Ce terme, jamais validé officiellement, circule pourtant dans la littérature scientifique depuis le début des années 2000. Il désigne la résistance à l’insuline au niveau cérébral, constatée chez de nombreux patients atteints de la maladie d’Alzheimer.

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La neuropathologiste américaine Suzanne de la Monte a été la première à proposer la théorie du diabète de type 3 pour Alzheimer. Selon ses travaux, il existe une parenté troublante : un cerveau privé d’un signal correct de l’insuline s’effondre cognitivement, tout comme l’organisme se dérègle avec le diabète de type 2. Cette conception fait débat. La communauté médicale reste mesurée : la majorité refuse d’ériger le diabète de type 3 en diagnostic distinct.

La Dre Maï Panchal, directrice scientifique de la Fondation Vaincre Alzheimer, pointe les limites du concept : ce terme, trop englobant, occulte la complexité d’Alzheimer. L’utiliser, c’est risquer de mélanger des mécanismes très différents et semer la confusion entre maladies métaboliques et troubles neurodégénératifs. Le lien entre diabète et maladie d’Alzheimer intrigue, mais ne se laisse pas enfermer dans un raccourci.

Pour mieux cerner où en est la recherche, voici les principaux points à retenir sur ce concept :

  • Le diabète de type 3 ne correspond à aucune maladie officiellement reconnue.
  • L’association entre diabète et Alzheimer continue de mobiliser les chercheurs, mais le vocabulaire reste disputé.

Quels liens scientifiques entre diabète de type 3 et maladie d’Alzheimer ?

Le lien entre diabète de type 3 et maladie d’Alzheimer s’appuie sur un faisceau de données cliniques et biologiques. Dans la maladie d’Alzheimer, on observe une insulinorésistance cérébrale : le cerveau devient sourd au signal de l’insuline, ce qui perturbe le métabolisme du glucose dont dépendent ses fonctions. Ce mécanisme rappelle ce qui se passe dans le diabète de type 2.

Par ailleurs, le diabète de type 2 s’impose comme un facteur de risque avéré de développer Alzheimer. Ces deux entités partagent plusieurs mécanismes : résistance à l’insuline, inflammation persistante, stress oxydatif. Autant de processus qui poussent les neurones vers la dégradation. Sur le plan génétique, l’APOE ε4 se distingue : cet allèle, bien documenté, augmente le risque dans les deux cas.

Voici quelques faits marquants mis en lumière par les études :

  • La mauvaise utilisation du glucose par le cerveau apparaît souvent tôt dans l’évolution d’Alzheimer.
  • La présence d’un diabète de type 2 augmente nettement la probabilité de développer cette démence.
  • Les individus porteurs de l’APOE ε4 sont plus vulnérables à chacune de ces affections.

La communauté scientifique admet la complexité de la relation entre diabète et Alzheimer. Même si le terme « diabète de type 3 » fait débat, la proximité des mécanismes pousse à surveiller de près les personnes diabétiques pour limiter les risques de déclin cognitif lié à la maladie d’Alzheimer.

Ce que révèlent les dernières recherches sur les mécanismes partagés

Les recherches récentes mettent en évidence une intrication profonde des processus biologiques entre diabète de type 2, diabète de type 3 et maladie d’Alzheimer. Les scientifiques se penchent notamment sur les plaques amyloïdes et les enchevêtrements de protéines tau, marques caractéristiques d’Alzheimer. Leur accumulation n’est pas fortuite : ces dépôts aggravent la résistance à l’insuline dans le cerveau, perturbant la communication indispensable au fonctionnement neuronal.

Un acteur moléculaire se détache dans cette histoire : l’enzyme IDE (Insulin Degrading Enzyme). Cette enzyme dégrade l’insuline mais aussi le peptide amyloïde β. Si l’insuline s’accumule à cause d’une résistance, IDE se consacre davantage à l’insuline et se fait plus rare pour éliminer l’amyloïde β, ce qui favorise la formation de dépôts toxiques. Ce mécanisme éclaire le lien intime entre troubles métaboliques et déclin cérébral.

Plusieurs facteurs de risque se révèlent alors particulièrement déterminants :

  • L’obésité, mais aussi les anomalies lipidiques, exposent à un risque accru pour ces deux maladies.
  • Les maladies cardiovasculaires fragilisent le cerveau, d’autant plus qu’elles s’associent à l’inflammation et au stress oxydatif.

Les études épidémiologiques convergent vers cette idée : la maladie d’Alzheimer n’est plus isolée du reste du corps. Elle interagit sans cesse avec le métabolisme général et l’état vasculaire. Les scientifiques explorent activement ce continuum, du trouble métabolique à la dégénérescence neuronale, pour mieux comprendre et, peut-être, ouvrir la voie à de nouvelles approches thérapeutiques.

Neurologiste tenant la main d

Peut-on agir pour limiter les risques d’Alzheimer liés au diabète ?

Face à la relation entre diabète de type 2, diabète de type 3 et maladie d’Alzheimer, une question se pose : comment agir ? De nombreux facteurs modifiables sont mis en avant par la recherche. L’alimentation arrive en première ligne. Miser sur un régime méditerranéen, riche en légumes, fruits, céréales complètes, huile d’olive et poissons, s’accompagne souvent d’une baisse du risque de détérioration cognitive et d’une meilleure maîtrise de la glycémie. Autre piste, le régime cétogène : concentré en lipides et réduit en glucides, il pourrait ralentir la progression des troubles cognitifs, mais nécessite un accompagnement médical.

Voici les leviers d’action conseillés pour réduire la vulnérabilité cérébrale :

  • Activité physique régulière : elle réduit la résistance à l’insuline, favorise la plasticité neuronale et contre la sédentarité.
  • Contrôle de la tension artérielle, du poids et des anomalies lipidiques : des mesures efficaces pour enrayer la spirale métabolique menant à la maladie d’Alzheimer.
  • Réduction du tabac, exposition moindre à la pollution de l’air et lutte contre l’isolement social : chaque aspect compte pour préserver les capacités cérébrales.

Côté traitements, les médicaments antidiabétiques (GLP1-RA, SGLT2i) sont actuellement évalués pour leur capacité à prévenir ou ralentir le déclin cognitif. D’autres éléments doivent être pris en compte : prise en charge de la dépression, prévention des traumatismes crâniens, correction d’une déficience auditive éventuelle. Jouer sur l’ensemble de ces paramètres dessine une trajectoire différente pour les personnes touchées par un trouble métabolique ou un diabète.

Reste à savoir si, demain, le mot “diabète de type 3” s’imposera dans les diagnostics ou s’il restera l’ombre portée d’un dialogue complexe entre cerveau et métabolisme. Dans tous les cas, la vigilance, sur le terrain médical comme dans nos modes de vie, s’impose. L’histoire, elle, continue de s’écrire.