Le saint célèbre pour son lien unique avec les animaux

Nul besoin de croire à la magie pour s’étonner de la place qu’occupent les animaux dans la spiritualité chrétienne. Entre interrogations millénaires et débats contemporains, la relation entre l’homme, l’animal et le divin ne cesse d’alimenter la réflexion.

Voici les différentes questions abordées dans cette édition de « Une question à la foi », qui s’inspire du programme RCF-Bruxelles* avec Christophe Herinckx :

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  • Y a-t-il une autre vie pour les animaux ?
  • Les animaux ont-ils une âme ?
  • La Bible évoque-t-elle l’âme ?
  • Existe-t-il une forme de vie après la mort pour les animaux ?
  • Qu’en est-il des interdits religieux sur le fait de tuer ou de nourrir les animaux, notamment dans le christianisme ?
  • Pourquoi l’Occident a-t-il parfois poussé très loin l’exploitation animale ?
  • Ceux qui partagent un lien fort avec leur animal de compagnie peuvent-ils espérer le retrouver dans l’au-delà ?


Dans notre section mensuelle « Une question à la foi », qui fait écho au programme RCF-Bruxelles*, Christophe Herinckx tente de répondre aux questions que chacun a sur la foi chrétienne. Cette semaine : « Y a-t-il une autre vie pour les animaux ?

Les animaux ont-ils une âme ?

Pris à la lettre, la réponse est affirmative : les animaux possèdent une âme, au sens premier du terme. Le mot « âme » vient du latin « anima », qui désigne ce qui anime et fait vivre un être. Rien de plus simple : tout ce qui vit, d’après cette définition, a une âme. Aristote, figure majeure de l’Antiquité, estimait même que les plantes en possèdent une, puisque la vie circule en elles.

Pour Aristote, mais aussi pour Thomas d’Aquin qui s’appuie sur ses travaux, une distinction claire se fait jour : seule l’âme humaine est habitée par l’intelligence et la conscience. L’être humain se démarque ainsi par sa capacité à penser, à raisonner, à se reconnaître comme sujet, à l’inverse des autres formes de vie.

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Mais cette distinction suffit-elle ? La question agite encore les milieux chrétiens occidentaux. Les animaux disposent-ils d’une conscience, d’une intelligence propre, voire d’une âme qui survivrait à la mort ? Dans d’autres traditions religieuses comme l’hindouisme ou le bouddhisme, on considère que toute créature détient une parcelle du divin, une même essence animant chaque être vivant.

La Bible évoque-t-elle l’âme ?

Dans les textes bibliques, l’âme (« néphesh » en hébreu) désigne la dimension non matérielle de l’homme, inséparable de son corps. À l’inverse, la tradition philosophique grecque, Platon puis Aristote, a forgé la conception d’une âme distincte, immortelle, qui habite le corps comme une prison. Cette influence a traversé les siècles chrétiens, jusqu’à faire croire que l’âme humaine persiste après la mort, indépendante du corps.

Reste à savoir si cette idée d’âme immortelle s’accorde vraiment avec la Bible. Même sans adhérer à cette vision, l’espérance d’une vie après la mort demeure, car tout procède de Dieu, source de la vie. Si une existence post-mortem existe, elle n’a de sens que dans la relation avec Dieu, qui donne souffle et existence.

Existe-t-il une forme de vie après la mort pour les animaux ?

Ce sujet n’a jamais été tranché dans la théologie chrétienne. La Bible aborde peu la question animale. Pourtant, saint Paul affirme que toute la création attend la révélation des fils de Dieu (Romains 8,19). Dans le Nouveau Testament, une perspective s’ouvre : à la fin des temps, l’univers ne disparaîtra pas, mais sera transformé, traversé par l’esprit. L’idée d’une création transfigurée pousse à s’interroger : les animaux pourraient-ils y trouver leur place ? Les théologiens sont restés prudents, se penchant rarement sur cette hypothèse.

Le pape François, dans son encyclique Laudato Si (2015), relève que la tradition chrétienne a longtemps vu les animaux comme de simples outils pour l’homme. Il invite à changer de regard, à reconnaître la valeur propre des animaux, indépendamment de leur utilité. Cette avancée, encore récente, fait bouger les lignes dans la réflexion chrétienne.

Qu’en est-il des interdits religieux sur le fait de tuer ou de nourrir les animaux, notamment dans le christianisme ?

Le christianisme n’impose pas d’interdits stricts concernant l’abattage ou l’alimentation animale. Toutefois, certains passages bibliques suscitent l’intérêt : dans le récit de la création, Dieu confie aux humains et aux animaux la consommation des plantes (Genèse 1, 2,4). À l’origine, le dessein divin ne prévoyait pas que les animaux servent de nourriture à l’homme. Un végétarisme originel, en somme, se dessine dans ces premières pages de la Bible.

Plus loin, lors du récit du déluge (Genèse 6 à 8), Noé embarque avec sa famille et un échantillon du règne animal sur l’arche. Cette arche devient symbole de salut partagé. Après le déluge, Dieu autorise alors la consommation animale, comme s’il voulait canaliser la violence humaine. Mais une limite subsiste : le sang, qui symbolise la vie, reste intouchable. Même en mangeant la chair, une forme de respect demeure.

De nos jours, la réflexion s’est approfondie. Les animaux sont de plus en plus reconnus comme sensibles, parfois dotés d’une conscience. Ce constat bouscule les croyances : les chrétiens doivent-ils voir les animaux comme des frères, à l’image de saint François d’Assise qui saluait chaque créature, du loup au soleil, comme une sœur ou un frère ?

Pourquoi l’Occident a-t-il parfois poussé très loin l’exploitation animale ?

Le rapport violent à la nature s’est développé en Occident, mais il ne découle pas de la tradition chrétienne, comme l’a rappelé le pape François. Ce sont les penseurs de l’époque moderne, à l’image de Descartes, qui ont considéré l’animal comme une machine insensible, incapable de souffrir. La nature, dès lors, n’était plus perçue comme vivante, mais comme un ensemble de ressources à exploiter.

Ce changement de perspective a ouvert la voie à l’industrialisation et à l’exploitation intensive de la planète. La Terre, vue comme un réservoir inépuisable, a subi des dégâts considérables : extinction massive, pollutions, effondrement de la biodiversité. Aujourd’hui, une prise de conscience gagne du terrain dans les milieux chrétiens : le respect de la création, la nécessité d’une écologie intégrale, deviennent des priorités partagées.

Ceux qui partagent un lien fort avec leur animal de compagnie peuvent-ils espérer le retrouver dans l’au-delà ?

La question reste entière : les animaux partagent-ils avec nous une destinée après la mort ? La Bible ne se prononce pas, mais elle n’écarte pas non plus cette éventualité. Il n’est pas absurde d’imaginer qu’une forme de conscience animale puisse traverser la mort, ou que l’attachement qui unit certains animaux à leur maître trouve une résonance dans la vie promise. Après tout, l’amour et la fidélité ne sont pas l’apanage des humains.

Christophe HERINCKX

* Retrouvez l’émission « Une question à la foi » mercredi de 14h à 16h sur RCF Bruxelles (107,6).

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