Les incohérences surprenantes autour de Pennywise dans la saga IT

Dès 1980, le nom de Stephen King était synonyme d’horreur. À ce jour, marchez dans n’importe quelle librairie du monde et vous constaterez qu’un grand nombre de ses étagères seront prises par les tomes lourdes de King.

Parmi toutes les œuvres de Stephen King, rares sont celles qui ont autant marqué l’imaginaire collectif que « It ». Entre la mini-série culte de 1990 portée par Tim Curry et les récentes adaptations cinématographiques, Pennywise ne semble pas prêt de quitter les cauchemars, et les conversations, des amateurs d’horreur. Trente ans après sa parution, le roman continue de fasciner autant qu’il terrifie.

Mais si les deux adaptations à grand spectacle ont capté l’attention du public, une grande partie de l’énorme roman de plus de mille pages est restée dans l’ombre. Attention, révélations majeures à venir : passage en revue de vingt éléments du livre de Stephen King que les films ont laissés de côté.

20. La narration éclatée du roman

Si on réduit l’histoire à l’essentiel, « It » raconte deux affrontements entre des enfants puis des adultes et un monstre. Les films et la mini-série ont choisi de séparer nettement les deux époques pour plus de clarté.

King, lui, préfère brouiller les repères. Le roman débute sur le meurtre glaçant qui ouvre le deuxième film, puis navigue entre passé et présent, forçant parfois le lecteur à douter de sa propre mémoire.

Ce choix n’est pas gratuit : on retrouve chez le lecteur le même sentiment de confusion que chez les personnages adultes, victimes de souvenirs fragmentés et d’un temps qui perd son sens face à l’influence de Pennywise.

Transposer cette structure au cinéma relèverait de la gageure. Le temps d’un film est compté, condenser plus de mille pages en deux volets n’est pas une mince affaire. Difficile aussi de jouer avec la temporalité sans perdre le public ou sacrifier l’efficacité narrative attendue par les studios.

Dans un roman, on relit, on s’attarde, on s’imprègne. Face à l’écran, l’investissement du spectateur n’a pas la même profondeur.

19. Pennywise adopte des formes issues du cinéma classique

Incontestablement, la figure du clown est sa préférée. Pourtant, la créature peut se transformer à volonté pour exploiter les peurs de ses proies. Dans les films récents, Pennywise se change en lépreux, en femme du tableau… Mais la version de King va plus loin : il prend aussi la forme de monstres emblématiques du cinéma d’horreur, comme le Loup-Garou, la Momie ou le Gill-Man.

Des questions de droits et de budget expliquent l’absence de ces créatures dans les adaptations, Universal possède ces icônes, et les films ont situé l’action dans les années 1980, rendant leur présence moins logique.

Cela dit, « It: Chapter 2 » multiplie les clins d’œil à des classiques de l’horreur des années 80, « The Thing » ou « The Shining » en tête (une référence plutôt « meta » pour les fans de King).

Peut-être qu’un jour, une nouvelle adaptation mettra Pennywise face à des créatures modernes comme Slenderman ou d’autres figures de la pop culture. L’horreur a toujours su se renouveler.

18. Maturin, la tortue cosmique, adversaire oublié

Il faut l’admettre : Stephen King n’a jamais reculé devant l’étrange, et l’apparition de Maturin, la tortue géante et immortelle qui aurait créé l’univers en le régurgitant, reste l’un des passages les plus déconcertants du roman.

Maturin joue le rôle d’adversaire de Pennywise et guide Bill pour vaincre le mal ancestral.

On comprend sans peine pourquoi ce personnage a été évacué des films : difficile d’éviter le ridicule sur grand écran.

À la place, les films ont inventé un rituel inspiré des traditions amérindiennes, mais les lecteurs fidèles ne manqueront pas de regretter l’absence de la tortue, d’autant plus qu’elle traverse d’autres romans de King, notamment « La Tour Sombre ».

Dans le roman, Maturin conseille la marche à suivre, mais c’est « Gan », une force créatrice supérieure, qui transmet le réel pouvoir aux enfants. On touche ici à la mythologie foisonnante de l’auteur.

17. Le sort réservé aux conjoints diffère radicalement

Dans les films, l’existence même du mari de Beverly et de la femme de Bill passerait presque inaperçue tant leurs apparitions sont furtives.

Le roman, lui, leur accorde une place nettement plus marquée : Tom, le mari violent de Beverly, et Audra, l’épouse de Bill, débarquent à Derry et se retrouvent happés par les événements surnaturels.

Tom, après avoir retrouvé la trace de Beverly, finit par faire face au monstre, et reçoit le sort qu’il mérite. Audra sombre dans la catatonie, mais Bill réussit à la ramener grâce à une ultime balade en vélo, renouant ainsi avec leur histoire.

Ce pan du récit a survécu dans la mini-série, mais Tom n’a jamais dépassé le stade de la figuration au cinéma.

Il faut dire que l’histoire regorge déjà d’antagonistes, et chaque minute compte à l’écran, surtout quand le film tutoie les trois heures.

16. Patrick Hockstetter, bien plus effrayant dans le livre

Owen Teague incarne un Patrick Hockstetter inquiétant dans le film de 2017, mais le personnage se limite à un homme de main d’Henry Bowers. Le roman, lui, ne lésine pas sur l’horreur : Hockstetter est un véritable sociopathe, qui a tué son propre frère à cinq ans pour le faire taire.

King va encore plus loin, suggérant une relation malsaine entre Patrick et Henry, qui vire rapidement au sordide.

Le roman révèle aussi que Patrick enferme des animaux dans un réfrigérateur, protégé par une force surnaturelle, condamnant ses victimes à une mort lente.

Pas étonnant que cette facette du personnage ait été laissée de côté au cinéma : à trop charger la barque, on finit par noyer le récit.

15. Stan, la religion et ses nuances

Curieusement, la version cinématographique fait de Stan un personnage bien plus attaché à la religion que dans le livre. Dans le roman, son identité juive reste culturelle plutôt que religieuse ; il ne maîtrise même pas les bases du casher.

Une vision en phase avec celle de Stephen King, qui s’est éloigné de la religion institutionnelle, tout en gardant une forme de spiritualité.

Dans les films, Stan et sa famille sont présentés comme très pieux, avec un père rabbin et un discours prononcé à la synagogue (notamment dans une scène coupée). Cette pression religieuse souligne aussi l’attente parentale, thème cher à King.

Le premier film accentue d’ailleurs l’impact des adultes sur leurs enfants, et la religiosité de Stan devient un symbole de cette lutte intérieure.

14. La mort de Georgie : un secret outragé par le livre

La scène où Pennywise attire Georgie dans les égouts est devenue iconique, et un puits sans fond de parodies. Mais la façon dont elle est traitée diffère radicalement selon le support.

Dans le film, le meurtre se déroule hors champ, et seul un voisin remarque la flaque de sang. Bill s’accroche alors à l’espoir que Georgie puisse être en vie, ce qui motive sa quête.

Dans le roman, la découverte du corps est immédiate et le crime a un témoin. Le choc est frontal, sans place pour le doute ni le suspense.

Un détail bien vu du dernier film : les yeux de Pennywise passent du jaune au bleu lorsqu’il tente d’attirer Georgie. Reste que l’effet n’explique pas vraiment pourquoi un enfant irait vers lui…

13. Sous le masque, Pennywise est une femme

Les amateurs du livre et de la mini-série ont longtemps critiqué la révélation finale : la créature immortelle prend la forme d’une araignée géante. Pourtant, ni la série ni les films ne vont jusqu’à révéler que Pennywise est, au fond, féminin, et a pondu des œufs dans sa tanière.

La vraie forme du monstre reste incompréhensible pour l’esprit humain, qui la réduit à une image familière. Pennywise apparaît enceinte, mais sa capacité de reproduction échappe à toute logique.

Impossible de ne pas penser au film « Aliens » sorti la même année que le roman, avec sa reine et ses œufs, ce qui a peut-être incité les scénaristes à gommer ce détail.

Reste que la dimension féminine du monstre a été écartée, sans pour autant éviter d’autres clins d’œil appuyés à l’histoire du cinéma d’horreur.

12. Le trou de fumée, rite initiatique oublié

King ne recule devant rien côté hallucinations. Le dernier film montre Mike adulte poussant Richie à vivre une expérience psychédélique pour comprendre l’origine de Pennywise. Mais dans le roman, cette vision survient durant l’enfance : Ben, inspiré par des rites amérindiens, propose au groupe de créer un trou de fumée afin d’accéder à la vérité derrière le mal qui les menace. Seuls Mike et Richie y parviennent.

Étonnamment, l’adaptation récente fait l’impasse sur le club-house du Club des Losers, lieu clé du roman où se déroulent ces hallucinations collectives.

Le roman offre aussi de rares instants de normalité : des jeux, des moments d’amitié, presque ordinaires. À l’écran, difficile d’imaginer des enfants s’adonner à de telles expériences sans provoquer la polémique. Ce qui nous amène à une scène autrement plus controversée…

11. Le passage le plus sulfureux du livre : l’acte collectif dans les égouts

Le roman comprend une scène restée tristement célèbre : après leur première victoire contre le monstre, les enfants se perdent dans les galeries souterraines, désespérés. Beverly, persuadée que seule une expérience partagée peut ressouder le groupe, propose alors à chacun de ses camarades masculins une relation sexuelle.

Ce passage, censé symboliser le passage à l’âge adulte, a suscité la controverse dès la publication du livre et continue de diviser les lecteurs.

Sans surprise, ni la mini-série ni les films n’ont repris cette séquence. Pourtant, le premier scénario de Cary Joji Fukunaga n’hésitait pas à aborder frontalement la sexualité, avec des scènes bien plus explicites autour de Beverly.

Dans une version du script, Pennywise apparaît même sous la forme d’une femme se livrant à un acte sexuel dans une mare de sang. Finalement, tout cela est resté dans les cartons.

10. Bob Gray, le surnom effacé

Dans les films, Pennywise ne parle guère de lui-même. Le livre, en revanche, offre de longs monologues où le monstre se présente comme Robert « Bob » Gray, sans jamais expliquer ce choix d’alias.

Certains y voient un clin d’œil au tueur en série Albert Fish, qui utilisait le même nom d’emprunt.

Fish a revendiqué plus d’une centaine de victimes, commettant des actes d’une violence extrême. D’autres avancent que « Robert » ferait référence à Robert Bell, l’interprète de Bozo le Clown, mais la piste du criminel réel colle mieux à la noirceur de Pennywise.

9. Le groupe qui affronte Pennywise diffère selon la version

Le roman alterne constamment entre les époques et ose fragiliser ses personnages. Dans le film, tous les membres du Club des Losers se retrouvent dans la maison abandonnée, puis dans les égouts pour le combat final. Dans le livre, ce n’est pas le cas.

Mike, blessé par Henry Bowers, se retrouve à l’hôpital après avoir été attaqué à la bibliothèque, tandis que Beverly ignore tout des Deadlights, ces lumières venues d’une autre dimension.

Le film opte pour une confrontation de groupe, probablement pour ne pas exclure Mike, rare personnage racisé de l’histoire, et garder une dynamique de bande soudée jusqu’au bout.

8. Le Rituel de Chüd : deux versions irréconciliables

Pour vaincre Pennywise, les enfants comme les adultes doivent recourir au « Rituel de Chüd ». Mais la manière dont il est présenté diffère radicalement.

Dans le film, le rituel est présenté comme une pratique amérindienne, impliquant de brûler des objets symboliques. Mais la tentative échoue, tout comme celle des Amérindiens jadis dévorés par la créature.

Le roman, lui, imagine un rituel venu de l’Himalaya où il s’agit de mordre la langue de Pennywise, de le fixer dans les yeux et de l’affronter à coups de blagues absurdes. Le premier qui rit perd. Cette joute affaiblit le monstre et permet la victoire.

Au cinéma, même si le rituel échoue, le Club des Losers finit par dominer Pennywise en le rendant vulnérable et en écrasant son cœur. Deux visions du combat, deux philosophies de l’horreur.

7. La mort de Stan, pivot émotionnel amplifié au cinéma

Moment bouleversant s’il en est : Stan ne revient jamais à Derry pour affronter Pennywise une seconde fois.

Dans chaque version, Stan apprend la résurgence du monstre, raccroche et se suicide dans sa baignoire, laissant « IT » écrit en lettres de sang.

Stan sait qu’il n’a pas la force d’affronter à nouveau ses peurs, et préfère s’effacer plutôt que de mettre ses amis en danger.

Là où le roman se contente des notes de Mike consignées dans un journal, le film fait de la lettre d’adieu de Stan un élément central de la dernière séquence, soulignant la gravité de sa disparition.

Le traitement cinématographique donne plus d’épaisseur à Stan, mais occulte un détail tragiquement ironique…

6. Le serment de sang, une initiative de Stan dans le livre

La scène du pacte de sang marque la fin du premier film : alors que les souvenirs s’effacent, la promesse d’affronter Pennywise si besoin scelle leur amitié.

Dans le roman, c’est Stan qui brise une bouteille pour inciser les paumes de chacun, plaisantant sur le fait qu’il pourrait aussi bien s’ouvrir les poignets. Cette réplique prend tout son sens après son suicide, ajoutant une couche de noirceur au personnage.

Dans les films, c’est Bill qui prend l’initiative, ce qui colle avec sa place de leader et la dynamique centrée sur sa quête pour retrouver Georgie.

Mais ce choix prive Stan d’une implication plus marquée, et gomme la dimension tragique de sa destinée. Dans le roman, ils ne sont pas des héros, juste des enfants marqués à vie.

5. Beverly garde ses cheveux longs dans le roman

Chez King, l’horreur n’est jamais loin des réalités familiales. La trajectoire de Beverly Marsh en est la preuve : dans le livre, les abus de son père sont décrits sans détour, et la disparition de sa mère, consciente du danger, ajoute à la détresse du personnage.

Le film opte pour la suggestion : l’agressivité du père se lit dans les gestes et le ton, plus que dans les dialogues explicites.

Pour éviter l’excès de violence, le film imagine une scène où Beverly coupe ses cheveux dans l’espoir de décourager son père, un geste absent du roman.

Les cheveux coupés servent ensuite à la ligoter lors d’une scène sanglante dans la salle de bain, pure invention scénaristique.

4. Le racisme, moteur oublié dans les films

Dans les adaptations, Henry Bowers semble animé par la folie et la malveillance, sans autre motivation. Le roman, lui, ne masque pas la dimension raciste de ses actes : la famille d’Henry s’oppose depuis longtemps à celle de Mike, usant d’insultes et de menaces, allant jusqu’à taguer la maison des Hanlon de symboles haineux.

Dans les films, le père de Bowers devient policier, et la question raciale disparaît. Il n’est plus explicitement montré qu’Henry subit les violences de son père, même s’il finit par le tuer sous l’influence de Pennywise.

Peut-être les scénaristes ont-ils choisi d’écarter ces thèmes pour éviter de détourner l’attention du propos central, ou simplement par manque de temps. Reste que le contexte racial du livre donnait une épaisseur supplémentaire à l’histoire.

3. Les blagues douteuses de Richie, gommées à l’écran

Richie Tozier, incarné par Finn Wolfhard, est le boute-en-train du groupe, et dans « It: Chapter 2 », il devient humoriste, non sans angoisses.

Dans le livre, Richie fait carrière comme animateur radio, mais ce qui le distingue surtout, ce sont ses imitations, souvent stéréotypées, parfois franchement racistes, ce qui s’explique par l’époque (les années 1950).

Les films ont pris soin de gommer ces aspects, préférant des blagues plus anodines, parfois utilisées pour masquer l’homosexualité du personnage, une dimension plus marquée à l’écran.

L’attirance de Richie pour Eddie est d’ailleurs beaucoup plus développée dans les films, reflet d’une volonté d’inclusion contemporaine.

2. Dean, victime inédite inventée pour le film

Dès l’ouverture du premier film, la mort de Georgie donne le ton. Dans le second volet, une nouvelle scène, totalement absente du livre, s’ajoute : celle de Dean.

De retour à Derry, Bill découvre que sa maison est occupée par une autre famille et tente d’avertir le jeune Dean du danger. Mais l’enfant ne l’écoute pas et finit tué par Pennywise, sous les yeux impuissants de Bill.

Cette séquence n’existe que dans le film, ajoutée à la demande de James McAvoy pour renforcer la culpabilité de Bill et lui offrir une scène forte. En moins d’une heure, le réalisateur a écrit ce passage inédit.

En miroir de la mort de Georgie, la scène rappelle à Bill la nécessité d’en finir avec Pennywise.

1. L’amnésie, un sort bien plus radical dans le livre

Le Derry de King n’est pas qu’une bourgade lugubre, c’est un lieu imprégné d’étrangeté où la mémoire elle-même vacille. Dans le roman, Pennywise exerce un pouvoir qui fait oublier les horreurs à quiconque quitte la ville. C’est d’ailleurs ce qui motive le pacte de sang : revenir si le mal ressurgit, malgré l’oubli.

Mike, resté à Derry, consigne ses souvenirs dans un carnet pour ne pas les laisser s’effacer. À l’écran, cette amnésie collective passe à la trappe : les personnages se rappellent tout, jusqu’à la fin.

Résultat : une fin plus lumineuse, où l’amitié triomphe. Mais le prix à payer, c’est de garder Pennywise en mémoire, pour le meilleur et pour le pire. Peut-être le vrai cauchemar commence-t-il là où le film s’arrête.

D'autres articles