Où en est Joe Francis, le créateur de Girls Gone Wild, avec la prison ?

Impossible d’évoquer les années 2000 sans croiser le nom de Joe Francis. Ce magnat du divertissement, aujourd’hui quadragénaire, a électrisé la télévision américaine avec son concept débridé, Girls Gone Wild. Impossible d’allumer son poste à l’époque sans tomber sur une de ces infopublicités où des étudiantes surexcitées se dévoilaient devant l’objectif. Le marketing était rodé, la formule explosive, et Francis surfait sur une vague qui semblait ne jamais devoir retomber.

Mais derrière cette réussite tapageuse, le parcours de Joe Francis est aussi jalonné d’accrochages avec la justice. Difficile de passer à côté de ses démêlés judiciaires aussi retentissants que ses vidéos. Il a connu la prison et clame encore aujourd’hui avoir été victime d’un acharnement. Il n’a, selon lui, jamais franchi la ligne rouge.

Joe Francis | Mindy Small/FilmMagic Comment tout a démarré pour Joe Francis ?

Avant de s’imposer comme le roi de la téléréalité sulfureuse, Francis était assistant de production sur RealTV, une émission qui misait sur des faits divers à sensation, souvent ignorés par les chaînes traditionnelles. Il tire profit de cette expérience en lançant sa propre affaire : il rachète des images, souvent choquantes et violentes, accidents de voiture, incidents extrêmes, et les propose dans des publicités nocturnes sous le nom « Interdit à la télévision ».

Le concept explose, mêlant scènes de chaos et tragédies filmées. Mais c’est une séquence de Mardi Gras, où des étudiantes, face caméra, se dénudent dans la rue, qui va tout bouleverser. Francis flaire le filon : l’idée de Girls Gone Wild prend forme à partir de cette vidéo volée à l’anonymat.

Girls Gone Wild | John M. Heller/ Joe Francis frappe le jackpot

Le principe est limpide : Francis et son équipe sillonnent les campus, caméras à l’épaule, pour filmer des jeunes femmes en soirée, souvent alcoolisées, qui acceptent de se dévoiler devant l’objectif. À partir de 1997, la machine se met en route. En 2002, il existe déjà plus de 85 DVD différents, soutenus par d’interminables publicités de 30 minutes diffusées sur les grandes chaînes. La formule fonctionne à plein régime, propulsant Francis au rang d’entrepreneur à succès.

Cette effervescence professionnelle se double d’une rencontre majeure : Abbey Wilson, révélée par le concours « Recherche de la plus belle fille d’Amérique » en 2012, devient rapidement sa compagne. Deux ans plus tard, le couple accueille des jumelles grâce à une FIV. La sphère privée s’imbrique ainsi avec l’empire Girls Gone Wild.

Joe Francis et @abbeylwilson sur #couplestherapy

Voir ce post sur Instagram Un message partagé par Joe Francis (@realjoefrancis) le 23 juin 2013 à 11:32am PDT

Joe Francis, habitué des tribunaux

Tout au long de sa carrière, Francis n’a jamais cessé de se défendre de toute infraction. Pourtant, la liste des accusations dressées contre lui s’allonge avec les années : évasion fiscale, corruption, séquestration, violences, intimidation de témoin, irrégularités dans la gestion administrative… Il a même reconnu certains faits, notamment lors d’une procédure liée à la maltraitance et à la prostitution de mineures.

En 2003, il passe 339 jours derrière les barreaux, condamné pour racket et falsification de documents, sans oublier une affaire de contrebande dans sa cellule. Quelques années plus tard, en 2011, trois femmes l’accusent de les avoir retenues chez lui contre leur gré. Verdict : trois chefs de séquestration, un pour violences graves, un pour menaces sur témoin. Condamné sur tous les points en 2013.

Suite à cette condamnation, Francis multiplie les déclarations incendiaires. Il traite les jurés de « mentalement retardés » dans The Hollywood Reporter, suggérant même qu’ils devraient être « euthanasiés », des propos pour lesquels il s’excusera, mais trop tard pour éviter la sanction. Bilan : 70 jours de prison, trois ans sous probation, obligation de suivre des cours de gestion de la colère et un an de thérapie psychologique.

Des dettes à n’en plus finir

Ses ennuis ne se limitent pas aux tribunaux pénaux. L’administration fiscale américaine s’intéresse aussi à lui. Francis fait l’objet d’enquêtes et d’accusations pour fraude, fausses déclarations et évasion fiscale. En 2009, il finit par reconnaître les faits et accepte de rembourser 250 000 dollars.

Il y a aussi l’incroyable feuilleton avec Steve Wynn, le magnat des casinos. En 2007, Francis accumule deux millions de dollars de dettes de jeu à Las Vegas, refuse de s’acquitter de la somme, et s’enfonce dans les procédures. Francis accuse à son tour Wynn de recevoir des prostituées en cadeau, ce qui lui vaut une poursuite pour diffamation. Résultat : le tribunal donne raison à Wynn, qui récupère le manoir Bel Air de Francis en compensation.

Exil sous le soleil mexicain

Après la faillite de Girls Gone Wild en 2013, Francis prend la poudre d’escampette. Il s’installe au Mexique avec Abbey Wilson et leurs jumelles. Là-bas, il s’offre une parenthèse dorée dans une propriété luxueuse baptisée Casa Aramara, fréquentée par les célébrités en quête de discrétion, Kourtney Kardashian et Scott Disick y ont, dit-on, vécu une idylle.

Mais même de l’autre côté de la frontière, le passé le rattrape. En 2017, un juge interdit à Francis de louer sa villa à cause de ses dettes colossales. Les mandats civils américains ne menacent pas son exil : aucun accord d’extradition avec le Mexique ne le force à revenir pour répondre de ses créanciers.

À en croire son compte Instagram, la cavale ne ressemble pas à une fuite honteuse mais à une retraite festive. Francis s’affiche entre voyages, soirées et moments complices avec ses filles, comme si l’orage judiciaire n’avait jamais existé. Reste à savoir combien de temps ce fragile équilibre pourra tenir, avant qu’un nouveau rebondissement vienne écrire la suite du feuilleton Joe Francis.

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