Les vraies raisons derrière l’échec de la saison 8 de Game of Thrones

On ne s’attendait pas à voir une telle déferlante de déception traverser le monde des séries télévisées, mais la saison 8 de Game of Thrones l’a bel et bien déclenchée. Pour ceux qui auraient manqué l’information, cette ultime saison continue de diviser, et le débat fait rage parmi les fans. Certains ont apprécié ce dernier acte, mais pour une grande partie du public, la conclusion n’a jamais été à la hauteur de l’attente titanesque. L’impression d’inachevé domine, entre arcs narratifs bâclés et personnages trahis par des choix scénaristiques abrupts.

L’amertume s’est installée dès les premiers épisodes. Comment expliquer que la fin ait laissé tant d’amateurs sur le bord du chemin, frustrés, parfois même en colère ? Que s’est-il passé du côté des scénaristes pour qu’un tel phénomène se produise ? Un faisceau d’indices permet d’éclairer ce fiasco retentissant.

À quel moment la saison 8 a-t-elle décroché ?

D.B. Weiss, Emilia Clarke et David Benioff à la première de la saison 8 de Game of Thrones | Jeff Kravitz/FilmMagic pour HBO

Pour comprendre l’ampleur de la réaction, il faut revenir sur quelques faits marquants. De nombreux rebondissements très attendus ont été expédiés, laissant l’impression d’un récit précipité. L’exemple le plus cité reste la résolution de la menace des Marcheurs Blancs et du Roi de la Nuit. Après des saisons de montée en tension, tout s’achève en un seul épisode, sans donner l’espace nécessaire pour installer une véritable catharsis.

Du côté des personnages, même constat : nombre de trajectoires semblent avoir été sacrifiées sur l’autel de la rapidité. Les conclusions sont là, certes, mais rares sont celles qui semblent pleinement méritées. Daenerys Targaryen, Tyrion Lannister, Jon Snow : autant de figures emblématiques dont l’ultime transformation a déconcerté. Quant à Bran ou Sansa Stark, leur destin satisfait certains spectateurs, mais la plupart sont restés dubitatifs, comme si quelque chose s’était perdu en route.

Qu’est-ce qui a mené à ce déraillement ?

Le phénomène Game of Thrones a marqué la télévision moderne. Mais derrière les caméras, tout n’a pas été aussi maîtrisé qu’on aurait pu le penser.

David Benioff et D.B. Weiss ont fini par sortir de leur silence sur le sujet. Lors d’un échange au festival du film d’Austin, leurs propos, relayés sur Twitter, ont surpris : ils avouent qu’ils ne savent pas vraiment pourquoi George R.R. Martin leur a confié son univers. Sans expérience significative dans le monde des séries, ils ont navigué à vue.

Ils l’ont reconnu eux-mêmes : la plupart des épisodes ont été écrits sans renfort extérieur, faute de savoir qu’ils pouvaient, ou de vouloir, constituer une équipe plus large. Lorsque HBO a suggéré d’ouvrir la salle d’écriture, ils se sont tournés vers leur assistant Bryan Cogman, qui a signé quatre épisodes. Pour le reste, l’aventure s’est poursuivie en vase clos, au point de négliger une partie des attentes des amateurs de fantasy. Comme le résume Dani Di Placido dans Forbes, Benioff et Weiss ont évolué sans véritable remise en question, protégés de tout regard extérieur.

Ce choix d’isolement a eu un prix. À force d’avancer sans feedback, sans contradicteurs, le risque de s’égarer a grandi. Il n’y avait plus personne pour alerter lorsque certaines décisions devenaient incohérentes, ni à l’intérieur, ni à l’extérieur de la salle des scénaristes.

Qu’aurait-on pu tenter pour sauver la saison ?

Un constat s’impose : la série aurait sans doute gagné en force si Benioff et Weiss avaient accepté plus de soutien, ou s’ils avaient fait appel à des scénaristes aguerris à des moments-clés. L’intervention de regards extérieurs aurait pu corriger le tir.

Voici quelques pistes concrètes qui auraient pu changer la donne :

  • Constituer une équipe d’écriture plus large, intégrant des auteurs avec des profils variés et une expérience solide du format télévisé.
  • Solliciter des retours réguliers, que ce soit de la part d’autres scénaristes ou de consultants extérieurs, afin de confronter les choix narratifs à des perspectives nouvelles.
  • Être réceptif aux critiques constructives des fans et de la presse, pour ajuster le cap plutôt que de s’enfermer dans une posture défensive.

Avec plus de diversité dans l’écriture et davantage d’ouverture à la discussion, la série aurait pu éviter certains écueils. On ne peut évidemment pas satisfaire chaque spectateur, mais une fin plus cohérente, plus travaillée, aurait sans doute rallié un public bien plus large. Un scénariste chevronné aurait peut-être mis en garde contre certaines décisions radicales, ou proposé des alternatives plus nuancées. Les fans, eux, n’auraient pas manqué de saluer ce sursaut.

Au final, Game of Thrones reste une fresque inoubliable, mais sa dernière saison laisse l’impression d’un rendez-vous manqué. On se prend à imaginer ce qu’aurait été ce final si d’autres voix s’étaient invitées à la table. Peut-être qu’un jour, une nouvelle génération de créateurs relèvera le défi de raconter, cette fois, la fin que tant de spectateurs attendaient encore.

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