Une étude récente révèle que les Français jouent moins aux jeux de hasard

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Après les précédentes éditions de 2010 et de 2014, les pratiques des Français en matière de jeux d’argent et de hasard (JAH) ont été intégrées dans l’édition 2019 du Baromètre de Santé publique France. Publiés ce 30 juin, les résultats de cette étude sont repris et présentés par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) et l’Observatoire des jeux (ODJ). Il en ressort globalement que comparativement à la situation en 2014 (date de la dernière étude) :

  • La proportion de Français jouant aux JAH est en baisse.
  • La proportion des joueurs problématiques est en hausse.

Mais ce n’est pas tout, car il y a d’autres résultats plus évocateurs et plus inquiétants concernant les joueurs à problème et certains types de jeu. Voici en résumé les enseignements les plus importants de cette étude.

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Moins de joueurs dans l’ensemble…

Le premier enseignement majeur de l’édition 2019 du Baromètre de Santé publique France concerne la baisse du nombre de Français qui prennent part aux jeux d’argent et de hasard (JAH).

Baisse des joueurs de l’ordre de 10 %

Selon les résultats de l’enquête, 47, 2 % de Français (âgés entre 18 et 75 ans) affirment s’être adonnés à des JAH au moins une fois en 2019.  Cela représente donc une baisse de 10 % par rapport aux résultats de 2014, qui affichaient une proportion de 57, 2 %. Dans ces chiffres de 2019, les hommes affirment jouer plus que les femmes (50, 4 % contre 44,2 %).

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Pour Jean-Michel Costes de l’ODJ, l’un des auteurs de l’étude, cette baisse vient essentiellement de la chute du nombre de parieurs de la FDJ (Française des jeux), puisque les jeux de loterie constituent les principaux jeux auxquels s’adonnent près de 90 % de Français. Cet avis est fondé, et les chiffres sont bien en accord avec les résultats de l’étude.

Baisse dans quasiment toutes les catégories de jeu

Les jeux de loterie sont bien les plus sollicités par les Français : 91, 7 % des joueurs y jouent, et 78, 5 % y jouent de manière exclusive. D’ailleurs, le classement des jeux les plus sollicités par les joueurs français est le suivant :

  • Les jeux de tirage, sollicités par 65 % des joueurs (contre 72, 3 % en 2014);
  • Les jeux de grattage, sollicités par 56, 9 % des joueurs (contre 57, 7 % en 2014);
  • Les paris sportifs, sollicités par 11 % des joueurs (contre 6, 6 % en 2014) ;
  • Les jeux de machine à sous, sollicités par 9, 7 % des joueurs (contre 9, 8 % en 2014) ;
  • Les paris hippiques, sollicités par 7, 7 % des joueurs (contre 11, 3 % en 2014) ;
  • Les autres jeux de casino, sollicités par 5, 9 % des joueurs (contre 3, 5 % en 2014) ;
  • Le poker, sollicité par 2, 9 % des joueurs (contre 4, 8 % en 2014);
  • Les autres jeux (paris sur tournois d’Esport, jeux d’adresse, etc.) sollicités par moins de 1, 4 % des joueurs (pas de chiffres pour 2014).

Bien entendu, un joueur peut s’adonner à plusieurs types de jeu à la fois. Quoi qu’il en soit, comparativement aux chiffres de 2014, toutes ces catégories de jeux ont enregistré une baisse en 2019, sauf les paris sportifs et les autres jeux de casino.

En effet, les paris sportifs ont enregistré une hausse de 67 % comparativement à 2014, passant de 6, 6 % des joueurs à 11 %. Le volume des mises dans cette catégorie de jeu a progressé, multiplié par 2, 5 entre 2014 et 2019. Cette progression remarquable des paris sportifs est attribuée en majorité à l’essor des paris sur Internet. D’ailleurs, l’étude révèle que 61 % joueurs utilisant Internet pour parier sont des adeptes de paris sportifs.

En outre, les autres jeux de casino ont également connu une progression, passant de 3, 5 % des joueurs en 2014 à 5, 9 % en 2019. Les jeux de machine à sous quant à eux ont connu la baisse la moins significative, passant de 9, 8 % en 2014 à 9, 7 % en 2019.

Cette bonne situation des jeux de casino et de machine à sous – malgré le manque d’argent croissant des joueurs – s’explique par la variété d’incitations gratuites offerte régulièrement par les casinos pour permettre à leurs clients de continuer de jouer même avec un minimum d’argent.

Les incitations et récompenses gratuites sont nombreuses :

  • Bonus de tours gratuits ou free spins, accordés lors d’un dépôt
  • Free spins sans dépôt, des tours gratuits obtenus sans besoin d’effectuer un dépôt d’argent dans son compte et pouvant aboutir à des gains en argent réel
  • Bonus en crédit de jeu ou en cash
  • Bonus en temps de jeu gratuit
  • Bonus cashback, qui remboursent une partie des pertes du joueur

Mais plus de joueurs problématiques

Si moins de Français s’adonnent aux JAH, ce n’est pas le cas pour la catégorie spécifique et inquiétante des joueurs à problème ou joueurs problématiques. En effet, il apparaît qu’en 2019, 6 % des joueurs français sont des joueurs problématiques. Ce qui est nettement supérieur aux chiffres de 2014.

Concrètement, parmi les Français ayant joué aux JAH en 2019, 1, 6 % sont des joueurs dits excessifs, qui sont donc déjà dans l’addiction aux JAH, et 4, 4 % des joueurs dits à risque modéré, qui sont en difficulté, mais qui réussissent encore à garder le contrôle. En 2014, ils représentaient respectivement 0, 8 % et 3, 8 % des joueurs.

En rapportant ces données à la tranche de la population âgée entre 18 et 75 ans, il apparaît que 370 000 Français sont des joueurs excessifs, et 1 million de Français sont des joueurs à risque modéré. En comparant à champ constant les données de 2014 et de 2019, il ressort que c’est surtout le jeu excessif qui connaît une hausse significative, le jeu à risque modéré affichant une relative stabilité. Cela traduirait une conversion d’une proportion de joueurs à risque modéré en joueurs excessifs de 2014 à 2019.

Des pratiques de jeu problématique plus inquiétantes pour certaines catégories de jeu

Les taux de prévalence des pratiques de jeu problématique indiqués dans la section précédente varient selon les catégories de jeu.

Concrètement, les jeux de loterie sont ceux où l’on retrouve le moins de joueurs problématiques sur le plan individuel. Toutefois, ils sont aussi ceux où l’on retrouve globalement le plus grand nombre de joueurs problématiques. Ces chiffres ne sont pas en contradictions. Cela vient simplement du fait que les jeux de loterie sont pratiqués par le plus grand nombre de joueurs français, comme cela a été relevé plus haut.

Les jeux les plus risqués sur le plan individuel sont bien les paris sportifs ; ils présentent donc le risque individuel le plus élevé. Il y a 2 fois plus de joueurs à risque modéré dans les paris sportifs que dans les jeux de loterie, et 4 fois plus de joueurs excessifs dans les paris sportifs que dans les jeux de loterie. Plus concrètement, alors que seul 1 joueur sur 10 s’adonne aux paris sportifs, environ 1 joueur problématique sur 4 est un joueur de paris sportifs.

Des dépenses de jeu modestes, mais concentrées sur une très petite proportion de joueurs

Selon une enquête de l’ODJ parue en 2017 sur la période 2000 – 2016, les Français affectent 10 % de leurs dépenses liées aux loisirs à différentes activités de jeux d’argent. Cela représenterait une dépense de 200 €/an pour chaque habitant majeur, mais une dépense de 400 €/an lorsqu’il est question spécifiquement de joueurs, ce niveau de dépense variant selon les types de joueurs.

L’étude récente du Baromètre révèle toutefois que les joueurs français ne dépensent que des sommes modiques sur les jeux d’argent et de hasard. En effet, 50 % des personnes interrogées affirment consacrer au maximum 72 €/an aux JAH.

Toutefois, seule une très petite proportion de joueurs contribue le plus aux dépenses globales de jeu. Concrètement, 82, 8 % des dépenses totales de jeu d’argent proviennent de seulement 10 % des joueurs. Il s’agit précisément des joueurs qui consacrent plus de 1 000 €/an aux jeux d’argent. Par ailleurs, 49 % desdites dépenses totales de jeu d’argent proviennent de seulement 1 % des joueurs.

Des joueurs problématiques qui font le « bonheur » de l’industrie des jeux

L’activité des joueurs problématiques inquiète, mais profite grandement à l’industrie des jeux d’argent et de hasard en France. En effet, les joueurs problématiques en question génèrent à eux seuls environ 40 % du chiffre d’affaires de l’industrie des JAH en France.

En considérant les différentes catégories de jeux, voici la contribution des joueurs à problème dans le chiffre d’affaires de ces catégories de jeux :

  • 62, 7 % du chiffre d’affaires pour les paris sportifs
  • 57, 7 % du chiffre d’affaires pour le poker
  • 31, 9 % du chiffre d’affaires pour les jeux de loterie
  • 21, 4 % du chiffre d’affaires pour les paris hippiques.

Les résultats de Baromètre, particulièrement ceux liés aux joueurs problématiques, soulignent l’importance du renforcement des pratiques de jeu responsable dans l’industrie française des jeux d’argent et de hasard.