Imaginer un enfant qui doit réfléchir à chaque bouton de chemise, à chaque lacet, comme s’il déchiffrait une énigme. Voilà ce que la dyspraxie impose : une lutte constante contre ses propres gestes, une fatigue qui s’accumule bien avant la cloche de la récréation. Ce trouble de la motricité, causé par un dysfonctionnement cérébral dans la gestion de la planification et de l’exécution des mouvements, transforme chaque action simple en parcours d’obstacles. Pour ceux qui vivent avec, le quotidien se construit autour d’un effort invisible, mais épuisant, qui les place en décalage, bien malgré eux. Sans nommer ce qu’ils traversent, les enfants subissent incompréhension, agacement, voire colère. La dyspraxie motrice, lorsqu’elle passe sous les radars, déclenche frustration et sentiment d’injustice. Bien souvent, elle est confondue avec une absence de volonté, un retard intellectuel, ou encore d’autres troubles comme la dyslexie. Mettre un mot sur ces difficultés, c’est redonner à l’enfant la possibilité d’avancer sans le poids du malentendu.
Qu’observe-t-on concrètement avec la dyspraxie motrice ? Symptômes, repérage, accompagnement
Pour mieux cerner cette réalité, il faut s’arrêter sur quelques manifestations typiques :
- Les gestes sont souvent maladroits, lents, hésitants. Les objets glissent, tombent, se cassent. S’habiller devient un défi, boutonner une chemise, un casse-tête.
- L’enfant trébuche plus que les autres, sa démarche paraît désorganisée, parfois brusque. Ce n’est pas qu’il ne veut pas : c’est l’espace autour de lui qui se brouille, et la notion de temps lui échappe au moment de coordonner ses gestes.
- Les jeux qui sollicitent la coordination œil-main, encastrer des cubes, assembler des briques, deviennent de véritables épreuves. Plus tard, le dessin pose problème, et le retard face aux autres enfants se creuse, surtout quand il s’agit de reproduire des formes simples.
- À l’entrée au CP, la difficulté se cristallise sur la lecture et l’écriture. Impossible de coordonner posture, force et direction des mouvements : les lettres s’emmêlent, le rythme de la classe s’éloigne.
Face à ces signes, il arrive que l’entourage accuse l’enfant de paresse ou de manque d’attention. Pourtant, il s’agit d’un trouble neurodéveloppemental bien réel, qui n’a rien à voir avec la volonté ou l’intelligence.
Comment poser un diagnostic fiable ?
Lorsque des difficultés de ce type se manifestent, la première étape consiste à solliciter le pédiatre ou le médecin généraliste. Ces professionnels ne poseront pas le diagnostic eux-mêmes, mais savent repérer les signes qui méritent d’être creusés. Ils orientent alors vers une évaluation plus poussée, menée par des spécialistes.
L’enjeu : distinguer la dyspraxie d’autres troubles du développement, souvent confondus entre eux. Par exemple, les difficultés d’attention évoquées peuvent rappeler un TDAH, et certains symptômes sont parfois attribués à un retard global ou à des troubles spécifiques des apprentissages.
Pour valider le diagnostic, une équipe pluridisciplinaire intervient. Des bilans psychomoteurs, des tests d’ergothérapie, parfois de la physiothérapie, sont mobilisés pour comprendre finement la nature et l’ampleur des difficultés. C’est ce travail d’investigation, précis et sur-mesure, qui permet de mettre enfin un mot sur ce que l’enfant vit.
Quels accompagnements envisager ?
Une fois la dyspraxie motrice identifiée, la prise en charge peut débuter. Elle s’appuie sur un parcours coordonné, mobilisant plusieurs spécialistes.
- Les séances de psychomotricité aident l’enfant à mieux coordonner ses gestes, à apprivoiser son corps dans l’espace.
- L’ergothérapeute intervient pour développer la précision et l’automatisation des mouvements au quotidien : écrire, découper, manipuler des objets.
- L’orthophoniste prend le relais si le langage oral ou écrit est aussi concerné, afin de soutenir les apprentissages.
- Enfin, un accompagnement psychologique peut être proposé. Car la dyspraxie ne touche pas seulement le corps : elle fragilise la confiance, génère parfois de l’anxiété ou un repli sur soi, face à la répétition de l’échec.
Chaque parcours est unique, mais l’essentiel est là : donner à l’enfant les moyens de reprendre la main sur son quotidien, et ne plus réduire son potentiel à sa maladresse.
Tant que la dyspraxie reste invisible, elle enferme. Mais dès qu’on lui donne un nom, elle devient un défi à relever, et non une fatalité subie. Face à ce trouble, l’enfant n’est plus seul à lutter : il avance, entouré, vers un horizon un peu moins flou.

